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L’art du Regard

 « Vous regardez une fleur. Au moment où vous la regardez, il y a seulement regard, vous ne pensez pas : « voilà une fleur ». Si vous le pensez, alors il n’y a plus de regard. Ainsi, en posant les yeux sur une fleur, il n’existe que le regard; il n’y a plus de fleur, il n’y a que le regard, dont vous n’avez pas conscience… Tout objet vu, entendu, touché, peut vous ramener à votre vraie patrie qui est pur regard, pur écoute, pur toucher. Au début cela paraît comme une attention pluridimensionnelle, mais si l’attention demeure, elle finit par se dissoudre dans la conscience. Vous commencez par être conscient de quelque chose, puis ce quelque chose reflue dans la conscience, dans sa patrie, et ce qui reste est une conscience sans objet qui se connaît par elle-même. Utiliser le terme d’écoute ou de regard revient à faire usage du mot prière. Prier, c’est attendre, une attente sans expectative…

La conscience et son objet sont un. Un objet n’a aucune réalité en soi, aucune réalité hors de la conscience. Il dépend de la conscience. Ainsi quand vous regardez une fleur et qu’il y a seulement regard, la fleur est en accord en vous et en moi. Mais la perception de la beauté, la joie, ne peuvent que succéder au regard, ne peuvent apparaître que lorsque la fleur vous a renvoyé à votre regard, à votre propre beauté…

La fleur est perçue et conçue. Elle est perçue avec les cinq sens et conçue avec le sixième. Généralement, concevoir survient trop rapidement, aussi devez-vous maintenir votre regard comme le ferait un artiste, un poète. Les artistes perçoivent la fleur, sans chercher à la concevoir. Ils ne la conceptualisent pas; ils la voient avec leurs cinq sens. Quand la perception est maintenue, on permet à la fleur d’être réellement une fleur. Tout de la fleur est alors exploré. Quand vous regardez la fleur sans la recouvrir de concepts, vous êtres dans la floraison. C’est un printemps éternel. »

Jean Klein, Transmettre la Lumière

* * *

L’oeuvre d’art, un véhicule spirituel ?

« Quand nous parlons d’oeuvres d’art, nous devons en tout premier lieu faire une différence entre les véritables oeuvres d’art et ce que nous pourrions nommer des productions artistiques. Une oeuvre d’art surgit toujours de l’arrière plan :  la conscience. Que ce soit la musique, la peinture, l’architecture, la poésie ou la sculpture, tout est toujours vu par l’artiste en un instant, un éclair, tel que cela surgit de ses profondeurs.  C’est ensuite qu’il élabore, qu’il donne structure et forme, dans le temps et l’espace. La Cène de Léonard de Vinci fut incontestablement conçue dans une totalité parfaite. Nous pourrions en dire autant pour l’art de la Fugue de Jean Sébastien Bach, pour certaines compositions de Mozart. Un artiste digne de ce nom n’est jamais obsédé par le matériau dont il se sert, ni même par le thème ou l’aspect anecdotique de son oeuvre. Son unique préoccupation est de disposer les  divers éléments en une harmonie parfaite pour que la fusion soit totale et que le spectateur n’ait plus la sensation de morceaux séparés. L’aspect objectif de son oeuvre est ainsi éliminé. Tagore disait que le but d’une oeuvre oeuvre d’art authentique était de donner une forme à ce qui est irréductible à toute définition. Le spectateur n’est plus alors captivé par le matériau utilisé, ni même par le contenu anecdotique, il est au contraire immédiatement plongé dans une expérience artistique qui est un non-état. Ultérieurement, il nommera beau l’objet qui a stimulé la conscience de sa propre beauté. Ainsi l’oeuvre d’art n’est qu’un véhicule, qu’un moyen qui nous conduit à l’expérience. Elle est véritablement créative. Nous percevons ce que l’artiste lui-même a perçu au moment de la création : un don spontané vide de tout désir d’approbation.

Tout pointe vers l’Ultime, mais la différence entre un objet ordinaire et une oeuvre d’art est que l’objet ordinaire pointe vers l’Ultime passivement, tandis que l’oeuvre d’art le fait activement.

La réalité d’un objet stimule de toute évidence notre propre beauté parce que nos perceptions sensorielles se produisent dans le temps et l’espace. Mais au moment où nous vivons la beauté, il n’y a présence ni de l’objet ni de l’expérimentateur. C’est un moment atemporel, où vous vivez votre plénitude. Cause et effet n’existent que sur le plan relatif. Ce ne sont que des concepts, car ils ne peuvent être perçus simultanément. La conscience est toujours une avec son objet. Ils ne font jamais deux, mais toujours un.

Seule une oeuvre d’art, née dans sa totalité, de la beauté, peut tendre vers la beauté. La beauté est la même dans toute chose. Quand l’artiste exprime spontanément sa nature profonde et, par son talent, en trouve l’expression juste, il éveille chez le spectateur, chez l’auditeur, leur propre profondeur. Quand votre vie et votre regard proviennent de la beauté, toute chose se réfère à votre totalité. Vivre en découle pas des divisions de l’esprit. Tout appartient à votre globalité.

Avant d’inviter les gens à trouver la beauté dans une oeuvre d’art, nous devons d’abord leur apprendre à voir, à écouter. Nous verrons vite combien c’est difficile : écouter et voir sont eux-mêmes un art. Pour parvenir à une expérience esthétique, nous devons être totalement réceptif, disponible, libre de toute mémoire, pour être ouvert au jeu des couleurs, des sons, des rythmes et des formes.  Cette ouverture du regard est la lumière qui sous-tend toutes les sensations et, tôt ou tard, nous nous trouverons consciemment dans cette lumière. Regarder une oeuvre d’art de cette façon est réellement créateur. Il n’y a pas d’analyste dans ce regard. Chaque fois que nous sommes frappés, nous sommes ramenés à notre véritable nature.

Tous nos sens, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, et l’odorat ont été canalisés ou orientés vers des réactions personnelles de défense et d’agressivité, utilisées comme des instruments pour la survie de l’égo. Une expérience artistique éveille la sensibilité et la réceptivité. L’énergie est constante et les organes des sens trouvent leur plein rayonnement organique. Dans une écoute réelle, l’oreille ne capture pas le son mais demeure totalement détendue, réceptive au son, au rythme et au silence. Elle devient un instrument créatif, qui transmet le son à la totalité du corps. Les sens n’opèrent plus séparément, le corps tout entier est un organe sensoriel. Sans cette ouverture, sans cette perception globale, la question : « qui suis je ? » reste intellectuelle. Pour qu’elle devienne une question vivante, elle doit être répercutée à chaque niveau de votre être. Dans une question vivante, l’ouverture est la voie vers une réponse vivante. »

(p. 11-14)

« L’artiste explore l’objet. Il met l’accent sur l’objet. L’objet est passif, la vision de l’artiste est active, extravertie. Chercher la vérité, c’est mettre l’accent sur la vision, sur l’ouverture. L’artiste n’explore pas l’objet en tant que tel, il s’en sert uniquement pour s’installer dans la vision. L’objet se révèle dans l’attention, il nous ramène à l’attention. L’artiste est momentanément réceptif, mais il est aussi tendu vers un but. Il cherche quelque chose et quand il le trouve, il le garde. Celui qui cherche la vérité ne se trouve que dans le regard.

(p. 121)

Jean Klein – LA CONSCIENCE ET LE MONDE

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